Analyse littéraire
La répétition du « Si le Bon Dieu l'avait voulu » installe un jeu conditionnel facétieux : Brassens dresse une liste fantasque de conquêtes manquées, des grandes séductrices de l'Histoire — Cléopâtre, Messaline, la Pompadour — jusqu'aux figures plus intimes de Noémie, Clara ou la Mogador, accumulant les noms avec une gourmandise qui fait sourire avant de désarmer. Ce catalogue du regret feint prépare le renversement du refrain, où le « Gloire à Dieu au plus haut des nues » éclate comme une reconnaissance sincère : privé de toutes ces amours, le narrateur a connu « toi », et c'est suffisant, c'est même tout. Le « Las ! que fussé-je devenu » — repris deux fois, avec son archaïsme délibérément suranné — dit moins la plainte qu'il ne mime la plainte, transformant la déploration en déclaration amoureuse déguisée. Brassens joue ici sur un ressort tendre et légèrement comique : plus la liste des manques est longue et illustre, plus le « toi » final gagne en relief, sans que la chanson ait besoin d'en faire davantage.
Strophe 1
Si le Bon Dieu l'avait voulu
Lanturlurette, lanturlu,
J'aurais connu la Cléopâtre,
Et je t'aurais pas connue.
J'aurais connu la Cléopâtre,
Et je ne t'aurais pas connue.
Sans ton amour que j'idolâtre,
Las ! que fussé-je devenu ?
Strophe 2
Si le Bon Dieu l'avait voulu,
J'aurais connu la Messaline,
Agnès, Odette et Mélusine,
Et je ne t'aurais pas connue.
J'aurais connu la Pompadour,
Noémie, Sarah, Rebecca,
La fille du royal tambour,
Et la Mogador et Clara.
Strophe 3
Mais le Bon Dieu n'a pas voulu
Que je connaisse leurs amours,
Je t'ai connue, tu m'as connu
Gloire à Dieu au plus haut des nues !
Las ! que fussé-je devenu
Sans toi la nuit, sans toi le jour ?
Je t'ai connue, tu m'as connu
Gloire à Dieu au plus haut des nues !