Sur mon phono

Fernand Bonifay / Jean Claudric
Analyse littéraire
Le refrain – « Sur mon phono, mon bon vieux phono » – revient comme une main posée sur l'épaule d'un ami, et c'est précisément ce que le texte construit : une amitié entre un homme et un objet. Le phono n'est pas un symbole, il est nommé « copain » dans les derniers vers, et tout le reste de la chanson justifie ce mot. Les contrats rares, le sandwich maigre, le cafard – le décor est celui d'une vie d'artiste précaire – mais Brassens n'en tire aucune plainte : il donne « un tour de clé » à ce « cœur de métal », et le phono lui rend la pareille en lui remontant le moral. Ce que le texte fait avec habileté, c'est de mettre sur le même plan l'imparfait et le précieux : l'appareil « chante faux », son « vieux son fêlé » n'a rien d'un idéal, et c'est justement pour ça qu'il compte – il partage la condition de celui qui l'écoute.
Strophe 1
Sur mon phono
Mon bon vieux phono
Petit tu vois
Quand j'ai le cœur gros
Je mets un rouleau
Et je revois
Je revois Paulus, Mayol
Les rois du music-hall
Dranem narquois
Qui chantait les petits pois
Sur mon phono
Mon bon vieux phono
Sans me déranger
Je peux écouter
Le premier numéro
De Chevalier
Je vois La Scala
L'Eldorado
Et moi en lever de rideau
Sur mon phono
Mon bon vieux phono
Qui chante faux
Sur mon phono
Mon bon vieux phono
Comme autrefois
Quand j'ai le cafard
Que les contrat sont rares
Alors ma foi
Je donne un tour de clé
A son coeur de métal
Et de son côté
Il me remonte le moral
Et même si je n'ai
Pour mon déjeuner
Qu'un petit sandwich
En écoutant son vieux son félé
Je me sent plus riche
Et je suis prêt
A mettre au clou
Ma montre et tout et tout
Mais sûrement pas
Je vous le dis tout haut
Mon vieux phono
Et nous resterons jusqu'à la fin
Unis comme les doigts de la main
Car mon phono
Mon bon vieux phono
Oui mon phono
Mon bon vieux phono
Qui a connu
Mes joies mes chagrins
C'est mon copain
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