Tempête dans un bénitier

Analyse littéraire
Le refrain « sans le latin, sans le latin », répété à l'identique dans chaque couplet, installe moins une plainte sincère qu'une posture de fidèle ironiquement scandalisé : Brassens n'avoue-t-il pas lui-même n'aller à la messe « que quand il pleut » ? C'est là le ressort central de la chanson — le locuteur défend la messe en latin non par foi, mais parce qu'il en aimait le spectacle, « les grand's pompes », le « mystèr' magique », l'« occulte ». La réforme liturgique est ainsi raillée par ses propres défenseurs improbables, et c'est ce paradoxe qui fait mouche. L'insulte finale — « putains de moines » — adressée à la Vierge Marie elle-même, pousse l'irrévérence jusqu'à son comble sans jamais quitter le registre du bon mot. Brassens ne plaide ni pour la foi ni contre l'Église : il se moque de ceux qui, en voulant rendre la messe accessible, ont simplement supprimé ce qui la rendait plaisante à regarder.
Strophe 1
Tempête dans un bénitier,
Le souverain pontife avecques
Les évêques, les archevêques,
Nous font un satané chantier.
Strophe 2
Ils ne savent pas ce qu'ils perdent,
Tous ces fichus calotins,
Sans le latin, sans le latin,
La messe nous emmerde.
À la fête liturgique,
Plus de grand's pompes, soudain,
Sans le latin, sans le latin,
Plus de mystèr' magique.
Le rite qui nous envoûte
S'avère alors anodin,
Sans le latin, sans le latin,
Et les fidèl's s'en foutent.
Ô très Sainte Marie Mèr' de
Dieu, dites à ces putains
De moines qu'ils nous emmerdent
Sans le latin.
Strophe 3
Je ne suis pas le seul, morbleu !
Depuis que ces règles sévissent,
À ne plus me rendre à l'office
Dominical que quand il pleut.
Strophe 4
Ils ne savent pas ce qu'ils perdent
Tous ces fichus calotins,
Sans le latin, sans le latin,
La messe nous emmerde.
En renonçant à l'occulte,
Faudra qu'ils fassent tintin,
Sans le latin, sans le latin,
Pour le denier du culte.
À la saison printanière
Suisse, bedeau, sacristain,
Sans le latin, sans le latin
F'ront l'églis' buissonnière,
Ô très Sainte Marie Mèr' de
Dieu, dites à ces putains
De moines qu'ils nous emmerdent
Sans le latin.
Strophe 5
Ces oiseaux sont des enragés,
Ces corbeaux qui scient, rognent, tranchent
La saine et bonne vieille branche
De la croix où ils sont perchés.
Strophe 6
Ils ne savent pas ce qu'ils perdent,
Tous ces fichus calotins,
Sans le latin, sans le latin,
La messe nous emmerde.
Le vin du sacré calice
Se change en eau de boudin,
Sans le latin, sans le latin
Et ses vertus faiblissent.
À Lourdes, Sète ou bien Parme,
Comme à Quimper-Corentin,
Le presbytère, sans le latin,
A perdu de son charme.
Ô très Sainte Marie Mèr' de
Dieu, dites à ces putains
De moines qu'ils nous emmerdent
Sans le latin.
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