Terre

Charles Trenet
Analyse littéraire
Le contraste entre Colomb qui « interroge les horizons » et les matelots qui avouent « nous n'avons pas de chance » installe d'emblée un décalage comique entre la posture du grand homme et la plainte triviale de ses équipiers. Mais Brassens ne s'attarde pas sur la satire : le cri « Terre ! » fait basculer la chanson dans une jubilation franche, presque enfantine, où les impératifs s'enchaînent — « descendons », « bâtissons », « pêchons », « chantons » — comme une liste de bonheurs simples et immédiats. Le jeu de mots « quelle sale eau » glissé dans le second couplet confirme le registre léger, tandis que ce qui était aventure d'un seul devient expérience collective — « le monde chantait » — et les « belles tomates » ou le « ciel parfumé » ramènent l'épopée à hauteur de jardin potager. La chute finale, où la terre est acclamée tour à tour par « les bois », « les blondes », « les brunes » et « la lune », achève de dissoudre tout héroïsme dans une allégresse générale qui n'a besoin d'aucune leçon pour convaincre.
Strophe 1
Depuis des mois, Christophe Colomb
Voguait sur la mer immense,
Interrogeant les horizons,
Les vents des quatre saisons.
Les matelots, pauvres garçons
Disaient : "Nous n'avons pas de chance."
Quand un beau jour, en haut du pont,
On entendit Colomb :
Strophe 2
Terre ! Terre ! Oui, c'est toi.
Terre ! Terre ! Je te vois.
Terre ! Terre ! Viens à moi.
Oui, terre, je suis à toi.
Terre ! Terre ! Oui c'est toi.
Terre ! Terre ! Qui donne la joie.
Terre ! Terre ! Viens à moi.
Oui, terre, je suis à toi.
Descendons au plus tôt.
Le pays est beau.
La plaine est joyeuse.
Bâtissons des maisons.
Pêchons des poissons.
Chantons des chansons !
Ah Terre ! Terre ! Oui, c'est toi
Terre ! Terre ! Qui donn' la joie.
Terre'. Terre ! Viens à moi.
Oui ! Terre, je suis à toi.
Strophe 3
Tout comme Colomb sur son bateau,
Nous voguions à la dérive.
L'eau était sale (ah quelle sale eau !)
Ah, quel méli-mélo
Et puis, un jour, tout devint beau.
Tout devint clair sur la rive
Et l'on riait et l'on pleurait
Et le monde chantait : "Ohé :
Strophe 4
Terre ! Terre ! Oui, c'est toi.
Terre ! Terre ! Je te vois.
Terre ! Terre ! Viens à moi.
Oui, terre, je suis à toi.
Terre ! Terre ! Oui c'est toi.
Terre ! Terre ! Qui donne la joie.
Terre ! Terre ! Viens à moi.
Oui, terre, je suis à toi.
Quel jardin merveilleux
Brille sous nos veux.
Oh, les belles tomates !
Le ciel est parfumé.
Quand on aura semé,
On pourra s'aimer.
Ah, Terre ! Terre ! Disent les bois.
Terre ! Terre ! Vive la joie.
Vive la Terre ont dit les blondes.
Vive la Terre a dit le monde.
Vive la Terre ont dit les brunes.
Vive la Terre a dit la lune.
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