Analyse littéraire
Brassens reprend ici le poème de Verlaine presque mot pour mot, à une exception près : il glisse deux vers qui n'appartiennent pas à « Chanson d'automne » — « Cette paisible rumeur là / Viens de la ville » — avant de reconduire le refrain une dernière fois. Ce minuscule écart change tout : la feuille morte n'est plus seulement emportée dans un vague automne romantique, elle dérive dans un espace urbain concret, sonore, presque indifférent. Le poème de Verlaine posait la mélancolie comme un état pur, hors du monde ; Brassens y introduit le bruit de la ville, et cette intrusion suffit à faire sentir que la tristesse, ici, cohabite avec le quotidien sans s'y dissoudre. La voix grave et tranquille de Brassens fait le reste : elle dépouille le texte de toute effusion, le rendant plus nu, donc plus atteignant.
Strophe 1
Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur monotone
Strophe 2
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure
Je me souviens
Des jours anciens et je pleure
Strophe 3
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
De ci, delà
Pareil à la feuille morte
Strophe 4
Cette paisible rumeur là
Viens de la ville
Strophe 5
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
De ci, delà
Pareil à la feuille morte