Y'a toujours un passage à niveau

Jean Nohain / Mireille
Analyse littéraire
La métaphore du passage à niveau fait tout le travail : peu importe qu'on roule en « huit cylindres » ou en « tacot », qu'on fonce « comme une torpille » ou qu'on se traîne « comme un veau », on se retrouve au même endroit, à attendre. Ce nivellement par l'obstacle est le vrai sujet de la chanson, et Brassens l'énonce sans détour. Le refrain, répété à l'identique, ne progresse pas — il tourne, il insiste, il mime l'attente elle-même. Ce qui tranche, c'est la conclusion : non pas un mérite ou un effort, mais la « veine » — mot simple, brutal, qui résume tout. Ceux qui passent passent par chance, les autres « restent le bec dans l'eau », et Brassens n'en tire aucune leçon, aucun réconfort — juste le constat, formulé avec la légèreté de quelqu'un qui a depuis longtemps cessé de s'en indigner.
Strophe 1
Qu'on ait une huit cylindres
Ou un simple tacot
Au but qu'on veut atteindre
On n'arrive pas plus tôt
Qu'on passe comme une torpille
Ou qu'on se traîne comme un veau
On se retrouve en famille
Devant le passage à niveau
Y'a toujours un passage à niveau
Qui barre la route
Ça vous dégoûte
On arrive ou trop tard
Ou trop tôt
On passe tout de suite
Ou on fait le poireau
La barrière est en bas
Ou en haut
Ceux qui ont de la veine
Passent sans peine
Les pas vernis
Restent le bec dans l'eau
Y'a toujours un passage à niveau
Y'a toujours un passage à niveau
Qui barre la route
Ça vous dégoûte
On arrive ou trop tard
Ou trop tôt
On passe tout de suite
Ou on fait le poireau
La barrière est en bas
Ou en haut
Ceux qui ont de la veine
Passent sans peine
Les pas vernis
Restent le bec dans l'eau
Y'a toujours un passage à niveau
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